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Rencontre(s) au théâtre

23 Nov

Ensemble et séparément, il a brûlé les planches et elle a noirci des pages. Aujourd’hui, Jean Piat et Françoise Dorin se retrouvent au théâtre pour la sixième fois en quarante ans. Fort du succès de la pièce Vous avez quel âge ?, le monstre sacré du théâtre français, l’écrivaine et parolière à succès et le metteur en scène Stéphane Hillel sont à nouveau réunis pour Ensemble et séparément.

Cette fois, néanmoins, Jean Piat ne sera pas seul sur la scène, il y donnera la réplique pour la première fois à Marthe Villalonga. La comédienne, connue pour ses rôles de mère juive au cinéma, a d’ailleurs accepté la pièce sans en connaitre le thème, juste en sachant qu’elle y jouerait au côté du sociétaire honoraire de la Comédie Française depuis près de quarante ans.

Sur scène, ils composent, le temps d’une tournée limitée, une rencontre improbable entre deux êtres que tout oppose : elle a écrit un livre et lui est éditeur solitaire. Une pièce sur les possibilités qu’offre la vie, la voix ouverte vers le bonheur, ensemble et séparément, à tout âge. Une quête sensible et drôle où le hasard joue un grand rôle.

C’est le sourire charmeur de Marthe Villalonga au cours d’un dîner qui a inspiré l’écriture d’Ensemble et séparément à son auteur, dans la continuité du Petit traité sur le bien vieillir. L’actrice avait déjà joué, il y a dix ans, dans Soins intensifs de Françoise Dorin.

A Marseille, c’est sur la scène du théâtre de l’Odéon, qui vient de rouvrir après dix-huit mois de travaux, que les deux comédiens se rencontreront le 27 novembre prochain, pour l’une des rares dates de la tournée de la dernière pièce de Françoise Dorin. Pour l’heure, et depuis près de trois ans, Jean Piat et sa compagne ont choisi de travailler ensemble.

Béatrice Agenin, une comédienne accomplie…

2 Nov

Jean-François Balmer et Béatrice Agenin dans Henri IV, le bien aimé

« Je revendique ma place d’épouse, de reine » explique Béatrice Agenin pour décrire la Marie de Médicis qu’elle incarne au théâtre dans Henri IV le bien aimé de Daniel Colas. « L’objectif du personnage c’est d’être couronné reine de France, si elle n’est pas sacrée elle n’a pas la légitimité ». Dans la pièce, l’épouse d’Henri IV est reine, par son mariage, mais craint d’être déchue à cause des multiples maîtresses de son époux. Un rôle aux antipodes du précédent. En effet, avant d’être la mère de Louis XIII, elle était sa veuve, Anne d’Autriche à l’occasion de la tournée de le pièce Le diable rouge d’Anthoine Rault, aux côtés d’un ambitieux cardinal Mazarin, interprété par Claude Rich.

Fraîchement sortie du Conservatoire, Béatrice Agenin entre dans le monde du théâtre par la grande porte en 1974, dans la maison de Molière. Aux côtés de Michel Aumont, Françoise Seigner ou Francis Huster, elle brule les planches du Français, en interprétant Elise dans L’avare, Silvia dans Le jeu de l’amour et du hasard, Célimène dans Le misanthrope ou Camille dans On ne badine pas avec l’amour.

Béatrice Agenin et Yane Mareine dans En allant à Saint Ives

Toutefois « Je m’y trouvais absolument à ma place dans ce voyage à travers les mots, mais j’étais plus aventureuse que ne le proposait la structure, j’avais besoin de respirer » confie la comédienne qui a quitté le maison de Molière en 1984. Elle quitte sa demeure sans quitter l’homme, incapable de se résigner à l’abandon du classique. C’est ainsi que pour sa seconde mise en scène, elle s’attaque à Les femmes savantes ou elle incarne Armande, « une idéaliste qui sacralise l’amour et suit en cela fidèlement la doctrine de l’époque ».

Sa « liberté » retrouvée, la comédienne s’attaque à la mise en scène. Elle monte d’abord Indépendance de Lee Blessing et y interprète Kim, une femme qui s’est échappée de l’emprise de sa mère et veut que ses deux sœurs fassent de même. Pour cette première mise en scène, son mari signe l’adaptation des textes de l’auteur américain. Onze ans plus tard, le couple réitère sa collaboration pour la pièce du même auteur, En allant à Saint Ives. Béatrice Agenin partage cette fois la scène avec Yane Mareine, pour un tête à tête entre deux mères, la première en deuil d’un fils, l’autre voulant assassiner le sien, dictateur d’un petit pays africain.

Son rôle de metteur en scène, la comédienne l’a surtout endossé afin de retrouver les auteurs classiques qu’elle affectionne tant. Après Molière, elle s’est attelée à Marivaux et aux pièces en un acte Les sincères et L’épreuve. Dans la première, elle joue la marquise qui méprise les flatteurs et apprécie la conversation d’Ergaste (Maxime Leroux), seul homme sincère qu’elle connaisse. Dans la seconde, elle est Madame Argante, la mère d’Angélique, une jeune fille à laquelle son prétendant fait subir l’épreuve de l’amour, pour tester ses sentiments.

Jean-Paul Belmondo et Béatrice Agenin dans Tailleur pour dames

Si à la ville, elle fut la compagne de Bernard Giraudeau son camarade du Conservatoire, à la scène, elle fut celle de Jean-Paul Belmondo à plusieurs reprises. En 1987, le célèbre acteur fait son retour sur les planches après 27 ans d’absence, dans la pièce de Jean-Paul Sartre, Kean. La comédienne fait partie de l’aventure et joue Elena une jeune femme éprise du personnage interprété par Jean-Paul Belmondo au point de vouloir tout quitter pour lui. Quelques années plus tard, dans Cyrano de Bergerac, sous la direction de Robert Hossein, les comédiens intervertissent les rôles et elle devient la Roxanne de Belmondo qui interprète le héros de la pièce. Sous la direction de Bernard Murat, dans des pièces de Georges Feydeau, ils incarnent un couple illégitime dans Tailleur pour dames puis légitime dans La puce à l’oreille.

Devant la caméra de Claude Lelouch dans Itinéraire d’un enfant gâté elle endosse le rôle de sa première épouse. « C’est un homme extrêmement attachant, mais là encore je me suis retrouvée sous l’emprise d’une très grosse institution » confesse la comédienne quand elle revient sur sa collaboration avec Jean-Paul Belmondo.

Prune Becker

Son visage est surtout connu pour son rôle dans la série Une famille formidable. Depuis 1996, elle y incarne Reine Grenier, une femme d’affaire, amie de la la famille Beaumont. Outre ce personnage récurrent, la femme de théâtre est souvent présente sur le petit écran. En 2004, elle interprète Dorine, la ministre des relation avec le parlement dans la série Avocats et associés. Maitresse d’un des personnages principaux, cette femme insatiable, use de provocation et de chantage pour arriver à ses fins. « J’ai trouvé drôle de camper cette manipulatrice » confesse Béatrice Agenin. Dans les téléfilms, elle joue souvent les rôles de bourgeoises ce qu’elle déplore : « en France, on est un peu dans un tiroir ». En 2005, pourtant, c’est sur le petit écran qu’elle obtient le rôle titre de Prune Becker, une nouvelle vie. Dans cette comédie, elle incarne une psychanalyste en quête d’amour après un divorce.

Michel Vaillant

Sur grand écran, elle joue la compagne de Lino Ventura dans La septième cible et une amie de Caroline Cellier dans L’année des méduses, dans les années 80. Plus récemment elle endosse des seconds rôles dans des films poignants. Dans Michel Vaillant, la comédienne interprétait de mère de Sagamore Stevenin, pilote automobile qui s’apprête à courir les 24h du Mans. « Cette femme vit avec la peur, et cela la rend humaine, émouvante » explique Béatrice Agenin. Dans Cavalcade, elle était la mère de Titoff, tétraplégique à la suite d’un accident de la route.

Jean Piat et Béatrice Agenin dans La maison du lac

Plus de vingt ans après son départ de la Comédie Française, Béatrice Agenin retrouve Jean Piat, sociétaire honoraire du Français dans La maison du lac d’Ernest Thompson. Pour ces retrouvailles, ils interprètent un père et sa fille, en conflit depuis toujours.

Avec une trentaine de pièces et quatre nominations aux Molières à son actif, Mademoiselle continue sa carrière en toute liberté, voguant entre auteurs classiques et contemporains. Béatrice Agenin vient d’achever le tournage de la neuvième saison d’Une famille formidable et partira en tournée avec la pièce Henri IV le bien aimé, aux côtés de Jean-François Balmer. Son prochain projet : réaliser la mise en scène de Macbeth de William Shakespeare…

Henri IV le bien aimé
au Théâtre du Gymnase, à Marseille
du 29 mai au 9 juin 2012
mardi, jeudi, vendredi et samedi à 20h30 et mercredi à 19h
Texte et mise en scène de Daniel Colas
Avec Jean-François Balmer, Béatrice Agenin, Coralie Audret, Maxime d’Aboville, Xavier Lafitte, Hubert Drac, Philippe Rigot, Maud Baecker…

Geneviève Casile, reine absolue du théâtre français…

18 Mar

Geneviève Casile, un nom peu connu… Pour autant, ce « monstre sacré » du théâtre, célèbre cette année ses quarante ans de carrière. Sociétaire honoraire de la Comédie Française, elle brûle toujours les planches. 

Geneviève Casile et Davy Sardou dans Léocadia

Lors de la dernière rentrée théâtrale, la comédienne était une duchesse excentrique, qui vient en aide à son neveu, Davy Sardou, dans Léocadia, de Jean Anouilh. Pourtant, la grande dame n’avait pu assurer la tournée de la pièce Le diable rouge et était absence de la scène la saison dernière. Mais son rôle a été repris à la hauteur de sa prestation par une de ses consœur du Français, Béatrice Agenin.

Mademoiselle Casile est devenue une comédienne reconnue pour son talent et son ton. Pourtant, à ses débuts, elle se prédestinait plutôt à la danse et à la musique. « Je n’ai jamais voulu faire de théâtre. J’ai fait des études musicales, du piano, j’avais un bon niveau mais pas une passion suffisante. Par contre, j’adorais la danse. Et comme j’avais un joli physique, j’ai très vite travaillé, avec Roland Petit et Maurice Béjart. J’ai fait aussi un peu de mannequinat à l’époque. C’est ma mère, qui était comédienne, qui m’a envoyée au cours de René Simon. Je suis entrée au Conservatoire. J’avais des dons naturels, je crois, une justesse de ton. »

En 1961, Geneviève Casile passe le concours du Conservatoire national de Paris. Premier prix de comédie classique pour son interprétation de Sylvia dans Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Premier prix de comédie moderne pour son interprétation de Inès de Castro dans La reine morte de Montherlant. Premier prix de tragédie pour son interprétation de l’infante dans Le Cid de Corneille. Elle entre directement à la Comédie Française. 

Au cours de ses trente deux années passées dans maison de Molière, Geneviève Casile s’est illustrée en interprétant un large panel de reines. A l’opposé de Françoise Seigner qui fut la servante dans cette même maison. Mademoiselle Casile avoue elle-même avoir souvent joué « des femmes assez graves, avec pas mal de couronnes ». La quatre cent quarante et unième sociétaire de la Comédie Française fut reine dans Marie Stuart, Ruy-BlasHernaniBarberine ou encore Le verre d’eau ou les effets et les causes.

Cependant la grande dame a « joué aussi des choses drôles », comme Nini Galant dans Un fil à la patte ou La baronne dans La dame de chez Maxim de Georges Feydeau. Une seule fois, « j’ai joué une pute », dans Le balcon de Jean Genet. Mais dans la maison de Molière, honneur au maitre, Geneviève Casile a été Elise dans L’avare ; Eliante, Célimène puis Arsinoé dans Le misanthrope ; Alcmène dans Amphitryon ; Dorimène dans Le bourgeois gentilhomme ; Elvire dans Dom Juan ; Armande dans Les femmes savantes ; Elmire dans Tartuffe et Madeleine Béjart dans L’impromptu de Versailles.

En 1993, Mademoiselle Casile donne sa démission à Jacques Lassalle. « Je ne supportais plus les murs, je ne supportais plus ma loge qui était pourtant magnifique, j’en étais venue à détester le buste de Molière dans le hall. C’était physique, comme une maladie de peau. Je ne me suis toujours pas expliqué ce qui s’est passé. Mais il fallait que je parte. »

Le diable rouge

Sa liberté retrouvée, la comédienne joue dans Hamlet, aux cotés de Michel Aumont, dans une mise en scène de Francis Huster. Loin des murs du Français, la comédienne retrouve sa famille issue de la Comédie Française mais qui s’en est un jour lassé, comme elle. L’année suivant, elle interprète Madame de Maintenon, de son mariage avec Scarron à la création du collège de Saint Cyr dans L’allée du roi de Françoise Chandernagor. Un personnage de femme de roi mais plus de reine. Il faudra attendre Le diable rouge d’Antoine Rault et le rôle d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, éprise d’un cardinal Mazarin cynique et ambitieux, pour que Geneviève Casile retrouve son légendaire port de reine.

L’éventail de Lady Windermere

Malgré ses talents de comédienne et surtout de tragédienne reconnus, Geneviève Casile, nominée deux fois pour le Molière de la meilleure comédienne pour ses prestations dans L’allée du roi et dans L’éventail de Lady Windermere, n’a jamais obtenue ce prix. Néanmoins en 1998, elle décroche le Molière de la meilleure comédienne pour son interprétation de Virginie Walter dans Bel Ami. Dans cette adaptation du roman de Guy de Maupassant, Madame Walter passe de la comédie, une dame éprise de Duroy comme une adolescente, une midinette à la tragédie lorsque son jeune amant la quitte et que tout s’effondre autour d’elle.

Mademoiselle Casile n’est pas seulement une dame de théâtre. Durant ses années de sociétariat à la Comédie Française, elle a joué pour la télévision. Ainsi, elle fut Isabelle de France dans la mini-série Les rois maudits aux cotés de Jean Piat, Louis Seigner ou Jean Deschamps, également issus du Français. Dans la mise en scène théâtrale de cette première adaptation télévisée du roman de Maurice Druon, Geneviève Casile incarne une reine malheureuse de son destin de l’autre côté de la Manche. La louve de France est une femme forte, copie au féminin de son père, mais sa carapace va céder pour l’amour d’un homme. Cette reine d’Angleterre va transporter la malédiction des templier de l’autre côté de la Manche et déclencher la guerre de cent ans. Pour toute une génération, Isabelle de France restera Geneviève Casile.
 
« J’ai la sensation de quelque chose qui n’est pas complet. Car faire du cinéma, pour une artiste, c’est une chose assez normale. Mais il n’y a pas de hasard : il faut une véritable envie. Là-dessus, je suis un peu flemmarde. Si demain j’avais le choix entre un grand texte au théâtre et un beau personnage à l’écran, je prendrais le cinéma, car là, il y a un manque ». La comédienne a participé à neuf productions cinématographiques dans sa carrière. Que des seconds rôles. Elle était une ancienne résistante dans Le promeneur du champs de mars, sur François Mitterrand, interprété par Michel Bouquet, un monstre sacré du théâtre. Plus récemment, elle jouait la mère de Pascale Arbillot dans la comédie Divorce(s).

« Profondément, j’appartiens au répertoire classique. J’aime les grands textes » de Molière, Musset, Marivaux, Hugo ou Racine (son préféré). La comédienne ose néanmoins les auteurs contemporains. Malgré le temps qui passe, Madame Casile n’a rien perdu de sa passion du théâtre, sa beauté, sa justesse de ton et sa grâce.