Un immortel à Saint-Pierre…

11 Avr

Histoire du cimetière Saint-Pierre de Marseille, au détour d’une balade à travers les concessions de quelques personnalités. Suivez le guide.

 « On me demande souvent la tombe d’Edmond Rostand » confesse la gardienne de la porte des Protestants du cimetière Saint-Pierre. Le père de Cyrano de Bergerac repose en ce lieu de soixante trois hectares, aux côtés de chefs d’œuvres architecturaux, mais aussi de nombreuses personnalités. 

L’architecte Sixte Rey s’est occupé du développement de cette nécropole plus grande que celle du Père Lachaise, qui ne compte que quarante quatre hectares. Sixte Rey organisa la division du cimetière, en carrés ou pinèdes, parties les plus prisées et les plus chères. Une fois passée le seuil de la porte en fer forgé de l’entrée principale, les visiteurs débarquent sur une large route bordée d’arbres, cachant les carrées de part et d’autre de cette allée piétonne et automobile. Direction l’Est du carré 8 où se trouve la tombe d’Adolphe Monticelli. Une sépulture blanche, surmontée d’une croix et ornée de fleurs en céramiques. Aucune inscription n’indique qu’il s’agit de la demeure du peintre qui influença Vincent Van Gogh. Sa tombe assez haute paraîtrait spectaculaire dans un autre cimetière, toutefois, à Saint-Pierre, de nombreuses sépultures sont des scènes sculptées à l’instar du baiser d’Antonin Lains à sa femme sur son lit de mort ou du compositeur Vincent Scotto et son gendre Alibert qui partagent une tombe arborant le buste de chacun des deux hommes aux extrémités et une guitare, au centre. 

Dans une petite pinède, à la droite du crématorium, où furent incinérés le peintre Kees Van Dongen, l’écrivain Maurice Maeterlinck ou le romancier britannique Somerset Maugham, est érigé le caveau de la famille Rostand. Son arrière grand père et ancien maire de Marseille, Alexis-Joseph, son père, homme de lettre et avocat, Eugène, et Edmond Rostand, de l’Académie Française, partagent un tombeau semblable à celui de Monticelli dans la structure, mais ciselé de finitions plus modernes, dont une branche de laurier au dessous de la croix. D’autres pinèdes sont situés de l’autre côté du crématorium, laissant apparaitre une vue dégagée sur le dédale de la partie Est du cimetière. C’est le cas de la pinède Dracussia qui abrite Gaston Defferre. Un rocher de sept tonnes se dresse sur la tombe de celui qui fut le maire de la ville trente quatre années durant. Cet ancien résistant a été inhumé au cimetière Saint-Pierre l’année du cent soixante dixième anniversaire de sa création. 

Le dernier condamné à mort en France et son défenseur, enterrés à Saint-Pierre

Avec plus de 100 000 tombes, le cimetière crée en 1816 est la troisième nécropole de France, après celles de Pantin et Thiais, propriétés de la ville de Paris. Jean-Pierre Casselly organise des visites guidées du plus spacieux des vingt et un cimetières marseillais. Ce conteur de rue devenu guide professionnel conduit les visiteurs, généralement à la Toussaint, dans une promenade de plus de deux heures dans ce lieu qui doit son expansion à la fermeture du cimetière Saint Charles en 1855. Situé à l’endroit de la faculté de sciences, ce lieu de repos paraissait vaste en son temps, avec six hectares de superficie, mais s’est vite retrouvé saturé. La décision fut alors prise de clore Saint Charles et d’opérer la translation des sépultures à Saint-Pierre, à l’origine, situé à trois kilomètres du centre ville.

Près d’une décennie plus tard, Antonin Artaud a été transféré à Saint Pierre, dans sa ville natale. Le fondateur du théâtre de la cruauté dispose d’une sépulture moderne et sobre en marbre rose. Une tombe sur laquelle s’attarde Jean-Pierre Casselly lorsqu’il dévoile « Les clefs de Saint-Pierre », tout comme le carré des suppliciés. Une zone qui n’est pas clairement délimitée à la périphérie Sud. Ce carré était réservé aux condamnés à mort. Les familles de ces morts ne devaient pas assister à la mise en terre ni se recueillir sur cet emplacement. Le corps du dernier guillotiné en France, Hamida Djandoubi, en septembre 1977, git sous la dalle du carré des suppliciés. Son défenseur, Émile Pollack, également avocat de Gaston Dominici, des frères Guérini ou de Pierre Goldman, repose aussi à Saint-Pierre.  

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