Geneviève Casile, reine absolue du théâtre français…

18 Mar

Geneviève Casile, un nom peu connu… Pour autant, ce « monstre sacré » du théâtre, célèbre cette année ses quarante ans de carrière. Sociétaire honoraire de la Comédie Française, elle brûle toujours les planches. 

Geneviève Casile et Davy Sardou dans Léocadia

Lors de la dernière rentrée théâtrale, la comédienne était une duchesse excentrique, qui vient en aide à son neveu, Davy Sardou, dans Léocadia, de Jean Anouilh. Pourtant, la grande dame n’avait pu assurer la tournée de la pièce Le diable rouge et était absence de la scène la saison dernière. Mais son rôle a été repris à la hauteur de sa prestation par une de ses consœur du Français, Béatrice Agenin.

Mademoiselle Casile est devenue une comédienne reconnue pour son talent et son ton. Pourtant, à ses débuts, elle se prédestinait plutôt à la danse et à la musique. « Je n’ai jamais voulu faire de théâtre. J’ai fait des études musicales, du piano, j’avais un bon niveau mais pas une passion suffisante. Par contre, j’adorais la danse. Et comme j’avais un joli physique, j’ai très vite travaillé, avec Roland Petit et Maurice Béjart. J’ai fait aussi un peu de mannequinat à l’époque. C’est ma mère, qui était comédienne, qui m’a envoyée au cours de René Simon. Je suis entrée au Conservatoire. J’avais des dons naturels, je crois, une justesse de ton. »

En 1961, Geneviève Casile passe le concours du Conservatoire national de Paris. Premier prix de comédie classique pour son interprétation de Sylvia dans Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Premier prix de comédie moderne pour son interprétation de Inès de Castro dans La reine morte de Montherlant. Premier prix de tragédie pour son interprétation de l’infante dans Le Cid de Corneille. Elle entre directement à la Comédie Française. 

Au cours de ses trente deux années passées dans maison de Molière, Geneviève Casile s’est illustrée en interprétant un large panel de reines. A l’opposé de Françoise Seigner qui fut la servante dans cette même maison. Mademoiselle Casile avoue elle-même avoir souvent joué « des femmes assez graves, avec pas mal de couronnes ». La quatre cent quarante et unième sociétaire de la Comédie Française fut reine dans Marie Stuart, Ruy-BlasHernaniBarberine ou encore Le verre d’eau ou les effets et les causes.

Cependant la grande dame a « joué aussi des choses drôles », comme Nini Galant dans Un fil à la patte ou La baronne dans La dame de chez Maxim de Georges Feydeau. Une seule fois, « j’ai joué une pute », dans Le balcon de Jean Genet. Mais dans la maison de Molière, honneur au maitre, Geneviève Casile a été Elise dans L’avare ; Eliante, Célimène puis Arsinoé dans Le misanthrope ; Alcmène dans Amphitryon ; Dorimène dans Le bourgeois gentilhomme ; Elvire dans Dom Juan ; Armande dans Les femmes savantes ; Elmire dans Tartuffe et Madeleine Béjart dans L’impromptu de Versailles.

En 1993, Mademoiselle Casile donne sa démission à Jacques Lassalle. « Je ne supportais plus les murs, je ne supportais plus ma loge qui était pourtant magnifique, j’en étais venue à détester le buste de Molière dans le hall. C’était physique, comme une maladie de peau. Je ne me suis toujours pas expliqué ce qui s’est passé. Mais il fallait que je parte. »

Le diable rouge

Sa liberté retrouvée, la comédienne joue dans Hamlet, aux cotés de Michel Aumont, dans une mise en scène de Francis Huster. Loin des murs du Français, la comédienne retrouve sa famille issue de la Comédie Française mais qui s’en est un jour lassé, comme elle. L’année suivant, elle interprète Madame de Maintenon, de son mariage avec Scarron à la création du collège de Saint Cyr dans L’allée du roi de Françoise Chandernagor. Un personnage de femme de roi mais plus de reine. Il faudra attendre Le diable rouge d’Antoine Rault et le rôle d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, éprise d’un cardinal Mazarin cynique et ambitieux, pour que Geneviève Casile retrouve son légendaire port de reine.

L’éventail de Lady Windermere

Malgré ses talents de comédienne et surtout de tragédienne reconnus, Geneviève Casile, nominée deux fois pour le Molière de la meilleure comédienne pour ses prestations dans L’allée du roi et dans L’éventail de Lady Windermere, n’a jamais obtenue ce prix. Néanmoins en 1998, elle décroche le Molière de la meilleure comédienne pour son interprétation de Virginie Walter dans Bel Ami. Dans cette adaptation du roman de Guy de Maupassant, Madame Walter passe de la comédie, une dame éprise de Duroy comme une adolescente, une midinette à la tragédie lorsque son jeune amant la quitte et que tout s’effondre autour d’elle.

Mademoiselle Casile n’est pas seulement une dame de théâtre. Durant ses années de sociétariat à la Comédie Française, elle a joué pour la télévision. Ainsi, elle fut Isabelle de France dans la mini-série Les rois maudits aux cotés de Jean Piat, Louis Seigner ou Jean Deschamps, également issus du Français. Dans la mise en scène théâtrale de cette première adaptation télévisée du roman de Maurice Druon, Geneviève Casile incarne une reine malheureuse de son destin de l’autre côté de la Manche. La louve de France est une femme forte, copie au féminin de son père, mais sa carapace va céder pour l’amour d’un homme. Cette reine d’Angleterre va transporter la malédiction des templier de l’autre côté de la Manche et déclencher la guerre de cent ans. Pour toute une génération, Isabelle de France restera Geneviève Casile.
 
« J’ai la sensation de quelque chose qui n’est pas complet. Car faire du cinéma, pour une artiste, c’est une chose assez normale. Mais il n’y a pas de hasard : il faut une véritable envie. Là-dessus, je suis un peu flemmarde. Si demain j’avais le choix entre un grand texte au théâtre et un beau personnage à l’écran, je prendrais le cinéma, car là, il y a un manque ». La comédienne a participé à neuf productions cinématographiques dans sa carrière. Que des seconds rôles. Elle était une ancienne résistante dans Le promeneur du champs de mars, sur François Mitterrand, interprété par Michel Bouquet, un monstre sacré du théâtre. Plus récemment, elle jouait la mère de Pascale Arbillot dans la comédie Divorce(s).

« Profondément, j’appartiens au répertoire classique. J’aime les grands textes » de Molière, Musset, Marivaux, Hugo ou Racine (son préféré). La comédienne ose néanmoins les auteurs contemporains. Malgré le temps qui passe, Madame Casile n’a rien perdu de sa passion du théâtre, sa beauté, sa justesse de ton et sa grâce.

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